Asking for It de Louise O’Neill

Ballinatoon, Irlande. Emma O’Donovan est la fille la plus populaire de son lycée, et c’est aussi la plus belle. Elle plaît aux garçons, les filles sont jalouses d’elle, elle le sait et elle en joue. Alors qu’elle se rend à une soirée avec ses amies, Emma est victime d’un viol collectif commis par quatre garçons qu’elle considérait comme ses amis. Du jour au lendemain, sa vie bascule: Emma est traînée dans la boue, harcelée et les images du viol font le tour des réseaux sociaux. Mais qui va défendre Emma? Après tout, elle l’a bien cherché…


Ca faisait un moment que j’avais envie de lire Asking for It, le thème du viol est très difficile à traiter parce qu’on tombe souvent dans des clichés, et je voulais lire un récit poignant sur ce sujet-là – et je dois dire que j’ai été profondément déçue.

Pour commencer, Emma est détestable. Elle considère ses amies comme des moins que rien, elle n’hésite pas à flirter avec leurs petits copains juste pour conforter son ego, elle est immature à souhait, mesquine, égocentrique – j’avais envie, à plusieurs reprises, d’abandonner la lecture du livre tellement j’en avais marre de voir une telle décervelée. On pense que tout va changer le jour de son viol, collectif de surcroît, et on se dit qu’on va compatir et avoir un personnage qui mûrit. Bah c’était pas vraiment le cas. J’ai compati pour elle, la manière dont elle se fait humilier est écœurante et j’étais en colère contre tout le monde pour être aussi stupide et naïf…

Mais Emma commet des erreurs stupides et monumentales. Au début, c’était pardonnable car elle ne se souvient pas de ce qu’il s’est passé et elle pense à une blague. Mais ce qui m’a perturbée, c’est que même après avoir vu que les photos de son viol avaient été exposées, Emma pense qu’elle a ruiné LEUR vie. Y a quand même un gros problème là, non? Plutôt que de les éviter, les haïr, elle s’inquiète des répercussions qu’a son viol sur la vie de ses violeurs. Non mais…c’est pas possible, quoi!

Il est normal pour une victime de viol de chercher des raisons qui pourraient expliquer ce viol: « est-ce que je n’étais pas trop légèrement habillée? », « Peut-être que j’ai dit des mots qu’il ne fallait pas? », « Peut-être que je n’aurais jamais dû aller à cette soirée? », « Peut-être que je n’aurais pas dû être aussi superficielle? ». On a quelques questionnements de ce genre, mais c’est vite balayé parce qu’Emma reste superficielle et tient à sa popularité.

Et les amies d’Emma sont toutes aussi écœurantes que les violeurs d’Emma. Emma est une allumeuse, elle vit dans la débauche, du coup ses amies ne la croient pas, elles participent même à son humiliation – elles n’ont même pas cherché à en savoir plus. Et la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, c’est qu’elles poursuivent leur amitié avec ces gars-là alors même que les photos parlantes de ce viol circulent, alors même qu’elles disent croire Emma. Bref, tout le monde retourne sa veste, et ça m’a juste énervée. Pire que les amis de Leonard Peacock!

Et les parents d’Emma – plus j’avançais dans le livre et plus je me suis rendue compte à quel point les personnages sont ignobles. Les parents d’Emma ont honte, et plutôt que de l’épauler ils se tiennent à distance, ils montrent leur amertume, ils ne se battent pas pour elle. Pire, ils trouvent des excuses pour expliquer le comportement des quatre violeurs. Autant vous dire que j’avais les yeux qui sortaient de leur orbite.

Les seuls personnages dignes sont Bryan et Conor. Ils sauvent le livre. Ce sont les seuls à se montrer blessés par ce qui est arrivé, et qui soutiennent Emma.

Quant à la fin, je me suis dit « tout ça pour ça ». C’est pas tellement sa décision finale qui me choque, mais les raisons qui l’ont poussée à agir ainsi… Encore une fois, parents de merde.

Il y a tout de même quelques détails intéressants: j’ai trouvé que l’auteur a bien su montrer les clichés qui entourent le viol: « elle l’a bien cherché », « c’est une fille facile », « elle veut juste attirer l’attention », comment le viol n’affecte pas juste la victime mais aussi son entourage, les pressions que subissent les victimes, les failles de la société et du système juridique…

Ce qui a été le plus réussi par l’auteur, c’est la manière dont elle a traité le dégoût de soi. Emma se sent sale, elle ne se considère plus comme un être humain, elle a perdu toute identité, elle rejette son corps de femme. Et ça, c’était brillamment fait. Mais tout cela n’a pas réussi à combler les lacunes et le manque de profondeur du roman. Je m’attendais vraiment à un gros changement de la part du personnage principal, mais tout ce qui l’intéresse c’est son statut – donc moi je dis non.

 

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Jennifer

Hello ! Moi, c'est Jennifer, une blogueuse littéraire pétillante qui lit en anglais et qui adore tellement bavarder qu'elle en écrit de longues revues. Oups. Mais c'est pas grave ! Viens découvrir mes chroniques et passe du côté obscur de la force ! On est bien du côté obscur, non? ツ

14 pensées sur “Asking for It de Louise O’Neill

  • Je sens que je vais détester le personnage d’Emma avec ce que tu me dis haha ça va être intéressant !
    Bon, je vais préparer le punching-ball alors 😉
    C’est vrai qu’il est peu crédible qu’un acte de la sorte n’ait aucun impact sur elle !
    Hâte de le lire pour en discuter avec toi ! *en train de chercher où le trouver*

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    • Je me marre rien qu’en imaginant tes réactions faciales HAHA.

  • Hello !!
    Je n’ai pas encore lu Asking for It, mais j’en ai très envie, même si je sais que ça va m’énerver de le lire !!
    Peut-être que l’héroïne ne change pas parce qu’elle est tellement soucieuse de sa position sociale qu’elle ne parvient pas à penser autrement. C’est peut-être ce qu’a aussi voulu dénoncer l’auteure ; elle fait un peu la même chose dans The Surface Breaks : comme Gaïa a été éduquée d’une certaine façon, elle ne parvient pas à se sortir de sa situation, à être lucide, à réfléchir par elle-même, en tout cas au début. C’est peut-être la même chose pour Emma. Et le fait qu’elle soit détestable permet de se rendre compte que cela n’arrive pas qu’aux filles « biens » 🙂 après, je dis ça, je n’en sais rien xD
    Mais du coup, ça me donne encore plus envie de le lire pour pouvoir en discuter avec toi !

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    • Haha, tu vas même faire des bonds de dix mètres tellement les comportements dans ce livre sont scandaleux!

      Justement, ce qui me perturbe, c’est que l’héroïne n’évolue pas malgré ce qui lui arrive. T’imagines? Se faire violer par une personne doit déjà être traumatisant, mais alors par quatre? C’est pire! Je comprends pas comment quelqu’un peut penser à sa popularité quand il/elle a été souillé(e) de la sorte. Après, je suis peut-être intransigeante dans ma réflexion, mais avec l’attitude tordue d’Emma, je ne peux pas penser autrement (il y a une scène où Emma décrédibilise elle-même l’importance que le viol a eu sur elle, mais je t’en ferai part une fois que tu auras lu le livre pour ne pas te spoiler) ^^

      Bah, pour le coup, la famille, bien que critique envers la vie dépravée d’Emma, est trop modeste pour avoir inculqué l’importance de la popularité et du maintien de l’image à leur fille. C’est juste le personnage qui est comme ça… Du coup, même si j’ai compati avec ce qui lui est arrivé, la mentalité à chier que l’héroïne tient à garder jusqu’au bout du livre m’a bien énervée!

      C’est pour ça que je voulais le lire, l’angle était intéressant! Evidemment que n’importe qui peut devenir la victime d’un viol, y compris la fille détestable. Mais, j’insiste, mis à part le dégoût de soi qu’elle peut ressentir, il n’y a AUCUN changement de sa part. C’est juste impossible pour moi… Je vois pas comment un événement aussi important ne peut pas changer à jamais quelqu’un.

      On en reparlera plus en détail quand tu l’auras lu 😀

  • La VF étant annoncée pour le 16 mai, j’ai cherché quelques avis sur internet et je suis tombée sur le tient qui m’a un peu refroidi dans mon élan donc je pense attendre les premiers retours et voir s’il pourrait me plaire. Le côté superficiel ressort dans ce que j’ai pu lire donc ça m’effraie un peu, j’aime bien les héroïnes douce et gentille ^^

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    • Je ne savais pas qu’il avait été traduit! Tu m’apprends une nouvelle là ^^
      Ah… Si tu cherches une héroïne douce et gentille, tu risques d’être déçue lol. Emma est superficielle et détestable du début à la fin, comme 99% des autres personnages du livre en fait… Heureusement que j’avais l’édition numérique parce que j’aurais jeter le bouquin par la fenêtre 🙂

    • Théoriquement il sort lundi 16 mai, il sera publié sous le nom Une fille facile chez les Éditions Stéphane Marsan (Bragelonne). Je vais pas m’emballer et voir les premiers retours, mais c’est quelque chose que je ne supporte pas les héroïnes comme ça ^^

    • Oui, c’est pas plus mal! Avec des attentes moins élevées, tu l’apprécieras peut-être davantage! 🙂

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