Eliza and Her Monsters de Francesca Zappia

LadyConstellation est l’auteure anonyme d’un webcomic populaire qui attire des millions de lecteurs chaque jour. Plus qu’un simple hobby, Monstrous Sea est un phénomène littéraire qui rassemble des fans à travers l’Amérique. Mais LadyConstellation, c’est aussi Eliza Mirk, une adolescente solitaire et étrange qui préfère mille fois passer ses journées dans un univers fictif plutôt que de s’aventurer dans le monde réel où la vie est triste et sans saveur. Mais les choses changent le jour où elle rencontre Wallace, un nouvel étudiant qui semble partager sa passion pour le webcomic. Plus Eliza se rapproche de Wallace, plus l’envie de lui révéler son identité s’accroît. Cependant, Eliza n’aura jamais le temps de prendre les devants. Du jour au lendemain, son secret éclate et son monde s’écroule.

Après avoir vu défiler Eliza and Her Monsters un peu partout sur la toile, j’ai fini par craquer. Faut dire que sa couverture a su attirer mon regard, elle m’a immédiatement mise dans l’ambiance artistique et culturelle des communautés de fans. Et quelle meilleure représentation pour une blogueuse littéraire que de voir un livre retranscrire aussi bien les sentiments et la sensation d’appartenance à un univers bien spécifique? Une chose est sûre: je ne m’attendais pas à lire un roman aussi réaliste et juste!

En tant que LadyConstellation, Eliza est la célèbre créatrice du webcomic Monstrous Sea qui entend bien conserver son identité secrète. Grâce à ses millions de fans et à son anonymat, la protagoniste peut vivre de son art, partager l’histoire qu’elle a toujours rêvé de lire et se lier d’amitié avec d’autres personnes pour la première fois. Mais dans la vie de tous les jours, Eliza Mirk n’est qu’une adolescente bizarre et sans amis qui déteste l’école et qui s’entend moyennement avec le reste de sa famille. Cette dernière est perdue, ses résultats scolaires sont mauvais, elle se sent persécutée par l’incompréhension de ses parents, et surtout, elle ne voit aucun intérêt à interagir avec la réalité.

Cependant, lorsque Wallace débarque, la vie d’Eliza est chamboulée. Elle découvre que son nouvel ami est un fan inconditionnel de Monstrous Sea et que celui-ci est la seule personne à pouvoir la comprendre. Pour preuve, il est le premier fan à mettre le doigt sur les émotions et l’état d’esprit des personnages dans ses fanfictions. Evidemment, la protagoniste se sent coupable à l’idée de cacher son identité, d’autant plus que Wallace est très ouvert avec elle. Malheureusement, Eliza hésitera trop longtemps. Lorsque son secret éclate, c’est tous ceux qui avaient confiance en elle qui se sentent trahis.

You found me in a constellation.

Eliza and Her Monsters n’est pas seulement un roman qui met en avant l’effet de communauté, c’est aussi un récit qui crédibilise l’attachement pour la fiction. Combien de fois vous êtes-vous attachés à des personnages fictifs? Combien de fois avez-vous pleuré, ris, compris ce que les héros traversaient? Certainement plus de fois que dans la réalité. En tant que lectrice, c’est la première fois que je tombe sur un livre qui retranscrit aussi bien ce que je ressens pour un univers et des personnages fictifs. C’est tellement réaliste que j’ai versé quelques larmichettes en voyant une telle compréhension de la part de l’auteure!

Mais ce n’est pas la seule chose qui m’a connecté au bouquin, il y a aussi les personnages. Surtout Eliza qui s’habille avec les premiers vêtements qui lui tombent sous la main, qui subit les moqueries de certains de ses camarades et qui ne se sent pas du tout à l’aise dans sa peau ou à l’école. Je me suis tellement identifiée à elle, j’avais juste envie de lui dire que tout allait bien se passer. Et bien qu’elle n’ait jamais rencontré ses amis virtuels, l’auteure nous montre que cette relation est tout aussi importante que l’amitié empirique. Les trois amis ne font pas que discuter du webcomic, ils partagent des éléments importants de leur vie, ils se soutiennent et s’envoient régulièrement des colis. Vous voyez? Best friends in the universe! 

Plus percutant encore, il est également question de pression sociale et de pression médiatique. Eliza subit la pression de ses parents qui veulent qu’elle fasse de grandes études (c’est pareil pour Wallace), et en même temps, elle doit poster régulièrement ses séquences pour combler sa communauté. L’héroïne a sa part de responsabilité quand on voit qu’elle ne s’intéresse pas assez à sa famille, mais j’ai compris le poids que son webcomic avait sur elle. Au départ, il s’agit de faire ce qu’elle aime alors que plus tard cela se transforme en un devoir – celui de répondre aux attentes des fans qui sont trop durs et exigeants envers elle. Eliza n’a pas droit à la moindre erreur. Je me rappelle de l’histoire de J.K. Rowling qui avait regretté avoir écrit Harry Potter à cause des réclamations constantes des fans. Cela fait réfléchir…

There is a small monster in my brain that controls my doubt.
The doubt itself is a stupid thing, without sense or feeling, blind and straining at the end of a long chain. The monster, though, is smart. It’s always watching, and when I am completely sure of myself, unchanged the doubt and lets it run wild. Even when I know it’s coming, I can’t stop it.

Si les deux premiers tiers du livre m’ont faire sourire en raison de l’hommage rendu aux communautés, le troisième, lui, a été moralement plus lourd à supporter. Francesca Zappia aborde la dépression et l’anxiété liées aux pressions extérieures, à la dévalorisation de soi qui résulte d’une forte exigence envers soi-même, et à la bulle irréelle dans laquelle on peut tous se noyer. Oui, l’auteure vend les mérites de l’art digital et des communautés de fans, mais elle n’oublie pas non plus de valoriser le rapport à la réalité. Et ça, c’est très important!

A part ça, le livre contient des images issues de Monstrous Sea avec le texte qui correspond à chaque scène. J’ai adoré ces dessins, surtout qu’ils font échos au ressenti d’Eliza et à ses défauts. J’aurais adoré lire ce webcomic! Il y a également des mails, des lettres, des conversations entre Eliza et ses amis virtuels… Tout ça  a rendu le livre encore plus vivant et facile à lire!

Et les bémols dans tout ça? Il y a deux choses qui m’ont fait tiquer. La première, c’est le comportement d’Eliza avec le reste de sa famille, elle les envoie valser sans raisons alors qu’ils cherchent juste à l’intégrer davantage. La deuxième, ô surprise, c’est Wallace à qui j’avais envie de distribuer des paires de claques. Son comportement a été tout simplement impardonnable. Point.

En somme, Eliza and Her Monsters a été à la fois une lecture pleine de magie et de réalités importantes!

 

Le livre est disponible sur Amazon:

Eliza and Her Monsters

 

Jennifer

Hello!
Ici Jennifer, blogueuse littéraire qui lit en anglais et qui adore tellement bavarder qu’elle en écrit de longues revues. Oups. Mais c’est pas grave! Viens découvrir mes chroniques et passe du côté obscur de la force! On est bien du côté obscur, non?

8 pensées sur “Eliza and Her Monsters de Francesca Zappia

  • Ce roman me fait de l’oeil depuis un moment aussi. La seule raison pour laquelle je n’ai pas encore craqué c’est que j’ai beaucoup de mal à me lancer dans une simple romance contemporaine (ce qui est étrange sachant que j’ai également du mal à lire les romans dans lesquels il n’y a pas du tout de romance… Paradoxe x)).

    Soit dit en passant, j’aime beaucoup ta façon d’écrire tes chroniques et le fait qu’elles soient assez longues. Je suis pareille, j’ai tendance à m’étaler sur mes chroniques à tel point que des fois je me force à me limiter. Mais ça fait plaisir de voir un blog avec des chroniques autant développées (et concernant des romans en VO évidemment) ! 😀

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    • Haha, c’est marrant comme contradiction! Mais, du coup, tu risques d’avoir du mal à te lancer puisque le livre ne contient pratiquement pas de romance x)
      Cela dit, les thèmes abordés sont réalistes et divertissants, je pense que tu pourras éventuellement passer outre certains petits détails 😛

      AHHHH, merci beaucoup! J’avais pensé la même chose en lisant tes critiques, on a à peu près le même style, c’est pourquoi ton blog m’a de suite plu 😀
      C’est frustrant, t’as vu? J’imagine les gens avec les grosses gouttes de sueur qui se demandent s’ils vont voir un jour à la fin de la revue, mdr.

      Le plaisir est partagé, j’attends tes prochaines chroniques avec impatience 🙂

  • Ahrell a raison. La description que tu fais de ce roman a pas mal de similitudes avec « Fan girl » qui soit dit en passant est top 🙂

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    • J’avais fait le rapprochement aussi, les grandes lignes sont assez similaires, mais je pense que l’exécution est bien différente 😉
      C’est frustrant, je ne peux pas comparer les livres ou vous dire si celui-ci vaut le coup quand on a lu « Fangirl ». Raaaaaaah

  • Je t’en veux énormément de m’avoir ENCORE donné très envie de lire un livre.
    Il a l’air super intéressant ce roman, pour toutes les personnes qui ont un jour fait partie d’une communauté de fans, peu importe de quel type, je pense que c’est toujours quelque chose qui fait plaisir de voir des histoires qui reprennent ces éléments qu’on connaît comme ça 🙂

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    • Haha, je ne le regrette pas! Quand j’ai vu le livre circuler, je pensais que ça traitait surtout des communautés de fans et de l’art littéraire numérique. Mais il y a tellement plus à cela que le roman a fini par me toucher personnellement… J’espère qu’il te plaira si tu te décides à le lire, je pense qu’on se sent tous visés à moment ou à un autre par ce que les personnages traversent 🙂

    • Mais tu as jamais lu Fangirl du coup ? Parce que l’histoire est très similaire dans les deux romans :p

    • Non pas encore! J’ai envie de le lire, mais c’est pareil pour tous les romans de ma PAL xD
      Je ne sais jamais par où commencer, j’ai beau la diminuer, y en a d’autres qui se rajoutent 😛

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