Forbidden de Tabitha Suzuma

Etant jeunes et brillants, Lochan et Maya ont tout pour être heureux, c’est en tout cas l’image qu’ils donnent. En vérité, ce sont des adolescents dépassés par leur nouveau rôle familial qui peinent à joindre les deux bouts. S’occuper des enfants, aller à l’école, entretenir la maison, faire les corvées, payer les factures, voilà la routine secrète qui permet à la famille de rester à l’abri des services sociaux. Cependant, en devenant des figures parentales de substitution, Lochan et Maya voient leur complicité de frère et soeur s’effacer au profit d’une relation incestueuse consensuelle. En tombant amoureux l’un de l’autre, ils commettent un crime. Mais quel crime peut-il bien y avoir à s’aimer si fort? Quel mal y-a-t-il à se raccrocher à la seule lumière qui chasse l’obscurité? Ne dit-on pas que l’on ne choisit pas qui on aime?

Forbidden a été une lecture bien difficile, pas seulement par son thème tabou et provoquant que représente l’inceste, mais par toute l’agonie qui entoure les personnages. Tabitha Suzuma ne lésine pas sur ses mots, ils sont percutants par leur simplicité et leur véracité. Pour tout vous dire, les rares épisodes de gaieté étaient paralysés par une lourde tristesse qui dénaturait les bonnes intentions du moment. C’est d’ailleurs toute cette cruauté qui m’a mise hors de moi, ça et d’autres choses!

Tout commence avec l’indigne père qui quitte la famille. Après avoir abandonné sa femme et ses enfants – non sans faire de vagues promesses qu’il tiendra jusqu’à ce qu’il finisse par les oublier complètement – la mère plonge dans l’alcool. C’est ainsi que Lochan et Maya en viennent à s’occuper de la famille en attendant que leur mère se rétablisse. Cet homme mérite le prix du père le plus merdique de l’année!

Evidemment, l’histoire ne s’arrête pas là. Aujourd’hui, les enfants se retrouvent seuls à devoir subsister face à une mère alcoolique devenue ultra négligente. Regrettant sa beauté et son indépendance, elle s’absente du domicile familial pendant des semaines afin de revivre sa jeunesse dans les bras de son ringard petit ami. Bien sûr, cette vieille bique n’oublie pas de rappeler à ses enfants combien ils lui gâchent la vie. Fallait peut-être réfléchir vieille morue avant de faire des gosses pour garder ton mec! Ce monstre me sort par les yeux!

Il faut que je la blackliste au plus vite!

Lochan et Maya doivent faire face à une cruelle réalité: si quelqu’un s’aperçoit qu’ils vivent par eux-mêmes, les services sociaux pourraient séparer la famille. Les héros extorquent donc intelligemment leur mère afin d’avoir de quoi vivre. Néanmoins, d’autres problèmes viennent s’ajouter à la liste: un petit frère qui se rebelle et qui rejoint les gangs, les crises de panique de Lochan qui ne peut regarder les gens dans les yeux et communiquer avec eux… Et surtout, Maya et Lochan doivent lutter contre des sentiments mutuels et passionnels dévastateurs. L’inceste est illégal au Royaume-Uni, même en cas de consentement.

Si le sujet de l’inceste paraît horrifiant, je tiens toutefois à clarifier la nature de cette relation. Je savais à quoi m’en tenir en plongeant dans ce roman, et même si les scènes de sexe m’ont beaucoup perturbée, je n’ai toutefois pas trouvé cet amour malsain. En devenant des parents de substitution, les personnages ont laissé derrière eux tous les repères de leur enfance pour laisser place aux figures maternelle et paternelle qui sont attendues d’eux. Ajoutez à cela tous les soucis qui leur tombent dessus et vous obtenez des protagonistes brisés et désorientés. L’auteure excelle dans sa manière d’approcher l’inceste consentant, ses raisons et ses conséquences – à tel point que j’étais très partagée entre la gêne et l’envie qu’ils vivent leur amour!

Les protagonistes sont attachants et bien définis, surtout Lochan qui m’a le plus touchée. Ses chapitres sont lourds et forts en émotion car le personnage est sans cesse en conflit entre ses devoirs et son mal-être, et comme c’est une bonne personne, bah ça fait mal quoi… C’est pourquoi j’étais en colère avec la fin que l’auteure a proposée! Après tout ce que les personnages ont traversé, Tabitha Suzuma maltraite encore plus les héros, et le pire, c’est que ce n’est même pas justifié. Elle a dénigré toutes les autres solutions pour nous servir une fin dramatique censée nous chambouler. Autant vous dire que je l’ai très mal pris! (Voir spoilers).

 

Cliquer pour révéler les spoilers

 

Les va-et-vient sentimentaux des personnages étaient vraiment lourdinges. Un coup ils s’aiment, un coup ils ne s’aiment plus, et rebelote… Je sais très bien qu’ils s’aiment et qu’ils cherchent à refouler leur ressenti, mais quand ce genre de scène se reproduit deux à trois fois dans le livre, ça devient plus qu’agaçant.

En conclusion, j’avais vraiment envie d’aimer Forbidden, j’ai même versé quelques larmes. Mais l’auteure en a tellement fait que j’en suis venu à ressentir toutes ses décisions.

 

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Forbidden

Forbidden (VF)

 

Jennifer

Hello! Je suis une blogueuse littéraire qui lit en anglais et qui adore tellement bavarder qu'elle en écrit de longues revues. Oups. Mais c'est pas grave! Viens découvrir mes chroniques et passe du côté obscur de la force! On est bien du côté obscur, non?

2 pensées sur “Forbidden de Tabitha Suzuma

  • Ce livre est intriguant mais je t’avoue que mal de choses me gênent. Je ne pense pas le lire du coup 🙂

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    • Ca peut se comprendre, j’avais déjà pas mal hésité avant de lire ce livre x)
      Je savais que le sujet de l’inceste n’était pas de mon goût, mais il y avait de si bons avis dessus que j’avais envie de tenter le coup! 🙂

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